Bien avant que l’OM résume le niveau de pensée de sa population, au IIe siècle av. J.-C., Antoine Diogène, marin grec de ce comptoir phocéen (Phocé en Asie mineure) qui deviendra Marseille, écrit Les Merveilles d'au-delà de Thulé (Tα υπερ Θoυλην απιστα), un ouvrage relatant ses voyages dans le grand nord qu’il nomme Thulé. Pline l’ancien raconte que des navires partent des îles de Nérigon et de Scandie pour Thulé. Le nom de Thule figure dans les Georgiques du romain Virgile. Extrema Thule désigne à Rome la limite nordique du monde. Ptolémée le mentionne au 63° N de latitude dans sa Géographie. Au Moyen-Age, Ultima Thule est utilisé pour le Groenland, la terre verte (groen=green, land) des Vikings (à une époque de réchauffement climatique) et Thule désigne l'Islande.
Avec la crise mystique du germanisme en quête de ses origines justifiant son originalité, en quête d’une origine qui créerait la grande nation germanique (ébloui par la Grande Nation qui désignait alors la France). Le journal Hammer (1902), puis les Groupes de la renaissance germanique (1908), enfin le Reichshammerbund (1912) préparent la création d’une société du Germanen Orden (1912). Il débouche enfin sur le groupe Thulé.
Au départ, le groupe Thulé était une société ethnographique, animée par le professeur Félix Niedner. Elle publie, à partir de 1912, une compilation ennuyeuse en vingt-quatre volumes, Prose et poésie de l'Antiquité nordique. La guerre de 14-18 tua un grand nombre de ses adhérents et les survivants se radicalisent alors, avec une orientation nouvelle sous l'influence de l’historien Paul Rohrbach, qui avait écrit de nombreux livres sur l'Asie et le pangermanisme. Rohrbach introduisit le Dr Karl Haushofer dans le groupe Thulé puis lui en confia la présidence. Un membre brillant (brillante perversion de l’intelligence) fut Dietrich Eckart, qui fit entrer le théoricien nazi Alfred Rosenberg. Jusqu’alors le groupe Thulé qui n'était qu'une sorte de société vaguement philosophique, mystique, ésotérique, snob, elle devient la Société Thulé, créée par le prétendu baron Rudolf von Sebottendorff le 17 août 1918.
Rudolf Glauer, dit Rudolf von Sebottendorff (1875-1945), n’est qu’un aventurier passionné d’ésotérisme et d’astrologie. C’est la Société de Thulé qui participe en 1919 à la formation du Parti ouvrier allemand DAP, le parti nazi. Le salut de Thulé « Heil und Sieg » (Salut et victoire) sera repris par Hitler qui le transforma en « Sieg Heil ». La société de Thulé sera la pépinière des futurs chefs du régime nazi (Hitler n’en fera jamais partie). Son but restait « la race pure ».
Succédant à Thulé et fondée en 1935 par Himmler, l'Ahnenerbe, branche d'études "scientifiques" des SS avait pour vocation la recherche de preuves de la supériorité de la race aryenne. Des expéditions au Tibet, au Népal, en Grèce, en Arctique, et en Nouvelle-Souabe (Antarctique) furent organisées à la recherche de la mythique nation “aryenne” d’Hyperborée, dont la capitale, Ultima Thule, avait supposément été érigée par les ancêtres extraterrestres des “races aryennes” en provenance du système solaire d’Aldébaran, selon le farfelu livre jaune nº5.
Parallèlement, l’application de la sélection naturelle selon les théories darwiniennes qui avaient conduit à l’eugénisme étaient mises en œuvre. Himmler développait son fantasme d'une société allemande blonde aux yeux bleus, à l'image des anciens héros germaniques. Chef des SS, il participa à une opération peu connue, celle du « Lebensborn ». Les femmes allemandes au physique conforme aux idéaux du nazisme pouvaient « rencontrer » des soldats SS dans des sortes de clubs de vacances, où la liberté sexuelle était totale. Les « enfants solaires» qui en naîtraient seraient les futurs maîtres du monde, les chefs des nations inférieures. Il se dit que ces enfants auraient été discrètement envoyés en Amérique latine avant la chute du Reich.
Ainsi, ce rappel historique, incomplet et peut être en partie inexact, a-t-il pour modeste ambition de rappeler que la sélection des membres de l’espèce humaine qui se fait jour par le biais de la génétique, dans le but louable d’éviter d’avoir des enfants qui naîtraient avec des maladies génétiques doit aussi être nourrie d’une réflexion, d’un débat d’idées, sur les dévoiements de dangereux délirants. A un moment où on prétend, au plus haut niveau de notre état, que la violence des enfants en maternelle et l’homosexualité sont « génétiquement déterminés », la remise en perspective historique des dérives eugénistes doit faire réfléchir (sans tout rejeter en bloc bien sur, personne ne souhaite avoir un enfant malade de la chorée de Huntington).
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