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un extrait du livre "Alzheimer, mode d'emploi"un extrait du livre "Alzheimer, mode d'emploi"

 

Oublier…

 

alzh mode d'emploi new" J’ai la mémoire qui flanche, j'me souviens plus très bien... "
 nous chantait la sémillante Jeanne Moreau…pour ceux qui s’en souviennent.

 

« Oublier, est-ce commencer une maladie d'Alzheimer ? »

 

Voici la grande question ! Les quadragénaires surmenés qui loupent un rendez-vous, alzh mode d'emploi newoublient l’anniversaire de madame, le nom du voisin ou le mot juste dans une conversation (qui leur revient une heure plus tard), les sexagénaires qui vivent la retraite comme la retraite de Russie, les nonagénaires isolés qui sont embourbés dans un quotidien de routines sans aucune nouveauté stimulante, tous posent la même question angoissée : « suis-je en train de commencer la maladie d'Alzheimer ? ». Sans parler des anxieux qui ont trouvé là un nouveau sujet pour s’angoisser, des hypochondriaques qui guettent leur moindre erreur, des dépressifs qui moulinent leurs idées noires au lieu de se concentrer sur le réel ou se bourrent d’antidépresseurs lesquels dépriment…l’attention. Tout le monde se plaint de sa mémoire, sauf peut être les Alzheimer.

 

Mémoire ou mémoires ?

 

Nous avons plusieurs sortes de mémoires, et chacune est gérée par le cerveau de manière différente.

 

La mémoire dont chacun se plaint est celle des faits récents. On la nomme « mémoire antérograde » ou mémoire immédiate. Tous les acteurs le savent : le trou du souffleur est là pour pallier le trou de mémoire (c’était avant l’invention de l’oreillette et du prompteur).

 

La mémoire des gestes appris, comme faire du vélo ou du tennis, est devenu un automatisme. Comme d’ailleurs le fait de parler : il nous a bien fallu apprendre des mots, apprendre à les assembler, se souvenir de leur sens. De même, il a fallu que nous apprenions à marcher. Puis, un jour, tout ceci est devenu un automatisme, une procédure. C’est la « mémoire procédurale ».

 

Vous avez appris à l’école des fables de La Fontaine, les capitales des états, des choses plus savantes, les noms des départements pour certains, l’anatomie pour les médecins, le nom latin des insectes pour les entomologistes. C’est la mémoire des choses apprises, qui sont certes du domaine de l’intellect mais sont devenues aussi des automatismes. A cent ans on peut encore réciter « le corbeau et le renard ». C’est la « mémoire sémantique ».

 

Enfin, j’ai le souvenir d’un voyage à San Francisco, le Golden Gate Bridge, Alcatraz, les immeubles, le Musée, et la jolie jeune femme à mon bras…ces épisodes de ma vie constituent ma « mémoire épisodique ».

 

Ces mémoires automatisées, des choses anciennes, sont ancrées en nous. Même à un stade où la maladie d'Alzheimer est nettement déclarée, ces souvenirs sont conservés, certes avec quelques erreurs mais conservés tout de même. Seule la mémoire immédiate est clairement effondrée.

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Perdre la mémoire avec l’age ?

 

Perdre la mémoire n’est pas une fatalité liée à l’age. A cent printemps on est encore efficace !

 

La bonne nouvelle : on perd des neurones ! On dit « un toutes les trois secondes » ou « 10 000 par jour », masquant ainsi notre ignorance…

L’autre bonne nouvelle : cela fait de la place ! Car si aucune maladie ne nous touche on augmente le nombre de connexion des neurones restants entre eux.

Avec les années on est certes moins performant mais pas au point que les pertes des capacités aient de vraies conséquences.

Chacun sait que les personnes âgées sont pleines de sagesse, de bon sens. Ce qui sous entend que leur jugement est fiable, que leurs capacités de raisonnement sont correctes et qu’elles sont capables de mieux comprendre leurs petits enfants que leurs parents !

 

Pourquoi oublie t on ?

 

On a identifié plusieurs types de raisons normales d’oublier…

 

L’inattention : distrait par autre chose (ce qu’on nomme une « interférence ») tandis que je déballe mes courses, le téléphone sonne et je met les clés dans le frigidaire. Ce moment d’inattention suffit pour perdre des objets forts utiles ce qui créé un grand désarroi et l’idée que « ça commence comme ça ! ».

 

On peut être distrait « par nature », doux rêveur peu attentif aux choses du quotidien.

 

On peut être inattentif par manque de motivation : source de conflits conjugaux, ce que dit l’épouse sur le menu prévu pour le repas de ce soir marque peu les messieurs.

 

Le blocage psychologique : c’est l’oubli Freudien ! Si ça me déplait je me hâte de l’oublier pour ne pas en souffrir.

 

Le manque d’usage : si j’ai fait un voyage au Maroc il y a longtemps, que je ne le raconte jamais, que je ne regarde jamais les photos, il y a fort à parier que peu à peu j’en oublierait les détails. Au contraire si j’en rabats (ce qui est normal pour le Maroc) régulièrement les oreilles aux amis, aux parents, aux voisins marocains, je le récite comme une leçon et il s’ancre bien dans mes souvenirs.

 

La proximité : je peux confondre M Dupont Jean et M Durand Jacques, ils portent la moustache et sont assez bavards. Il ne faut pas appeler oublis ce qui n’est qu’une erreur…

 

L’imperfection : si le créateur nous a fait à son image que d’imperfections ! Notre mémoire n’est pas une caméra digitale. On pique dans le réel quelques fragments qu’on malaxe au doux foyer des neurones pour en faire une drôle de mixture qu’on ose qualifier de souvenir ! En fait on segmente le souvenir en plusieurs parties qu’on stocke dans des zones différentes du cerveau. Quand on veut le faire remonter à la surface, on procède comme par assemblage, ce qui explique qu’on ne raconte jamais la même histoire à quelques jours d’intervalle. Outre cette variation, demandez à 20 témoins d’une même scène de s’en souvenir et de la mettre par écrit : vous aurez 20 histoires parfois si différentes que vous aurez du mal à savoir laquelle est vraie. C’est tout le problème de la police et des témoins. Donc comment affirmer que mes souvenirs sont les mêmes que ceux de mon épouse ? Et même qu’ils seront les mêmes au cours des ans ?

 

Le manque de stimulation : pour être sur de perdre le mémoire utilisez la recette suivante. Mettre un prix Nobel dans une maison de retraite isolée, ne lui parler que pour lui dire « debout papi » ou « à table pépé », évitez de le distraire par l’énoncé de la date du jour, fermez les portes et laissez le mijoter devant les émissions télévisuelles de l’après midi ou les niaiseries de la « télé-réalité », couchez le à 20h45. Deux ans après sortez le de cette tiédeur pour l’apporter au neurologue : il est cuit à point ! S’il réussit le moindre test il peut aussi postuler au titre de Super Mémoire.

 

Le surmenage : les épuisés, qui gèrent à la fois un travail où ils sont très impliqués, la maison, les enfants, les grands-parents et les parents, le frère dépressif et une association humanitaire s’étonnent parfois d’oublier telle ou telle chose. Jusqu’à l’an dernier ils y arrivaient, ce n’est pas normal qu’ils n’y arrivent plus après tant d’années à courir ! Un marathonien qui sprinterait dès le premier kilomètre s’étonnerait il de trébucher au trentième ? Pourtant, on voit arriver des cadres (trop) dynamiques de 45 ans avec LA question : « est-ce que je commence un Alzheimer ? ».

 

Enfin et surtout oublier répond à un besoin : la nécessité de faire un tri. Nul ne peut se souvenir de tout, sauf a en mourir…il est nécessaire d’oublier, de se débarrasser de toutes ces informations inutiles qui arrivent sans cesse et saturent nos sens. Imaginez que vous gardiez tous les vieux journaux depuis votre naissance ! La maison serait encombrée d’une montagne de ces vieux papiers sans intérêt et vous ne sauriez plus où trouver le journal du jour…

 

Que faire ?

 

Outre les exercices de mémoire que nous verrons au chapitre « stimulation cognitive », on peut s’organiser…

 

Dans ma pratique j’essaie de dédramatiser, j’accuse le leprechaun et je prescris une prothèse, un souffleur et une coupe du graal.

 

Je nomme le carnet où mon patient va tout noter sa « prothèse de mémoire ». Le prix Nobel du concours Lépine est attribué à l’inventeur du post-it, sans qui nous serions tous à la recherche de ce qui nous reste à faire d’important.

 

Le conjoint qui donne un indice pour retrouver le souvenir perdu est appelé le « souffleur ».

 

Je recommande d’avoir une grande coupe, prés de la porte d’entrée : on y dépose tous les objets importants, ceux dont la perte nous irriterait, à l’abri du lutin de la maison (le célèbre « leprechaun ») qui va vous les cacher (car son épouse nie les avoir vu, elle est donc innocente) alors que vous êtes surs de les avoir posés au bon endroit : c’est le « graal », la « coupe magique », le saint réceptacle qui va vous permettre de ne rien perdre car vous allez vous y débarrasser toutes affaires cessantes de ce qu’il ne faut pas perdre. Accuser le leprechaun a un intérêt : c’est de sortir le conflit du cercle familial…donc d’éviter d’inutiles reproches et les disputes qui s’ensuivent.

 

Je recommande enfin de ne pas passer d’une tache à l’autre : on ne fait rien d’autre tant qu’on n’a pas fini son premier travail.

 

Il faut avoir un projet de vie et un projet dans sa vie : c’est une source de motivation, donc d’attention, c’est un objet de bonheur. Sans s’angoisser, se soumettre à des situations nouvelles imposant une adaptation, une sorte d’exercice de souplesse intellectuelle : il faut s’assouplir les neurones ! Je demande à mes patients d’être les jardiniers de leurs neurones. En les nourrissant de Vie on leur fait pousser des connexions, ce qu’on appelle des dendrites et l’ensemble est nommé « arborisation dendritique ». C’est cette richesse de relations entre les neurones malgré un plus petit nombre qui est le garant du fait qu’à cent ans on peut continuer à lire, à discuter, à raisonner, à mémoriser. Ce qui m’amène à leur recommander une culture « écologique », sans les engrais des soi-disant médicaments « pour la mémoire ».

 

Bref, on va tenter de dédramatiser tout en restant attentif…

 

Enfin, le bon médecin, celui qui connaît bien son patient, qui est capable d’empathie, de se mettre à sa place, va imaginer d’autres solutions, il va transcender les recettes toutes faites données dans les meilleurs ouvrages et faire du sur-mesure en lui proposant des activités, des modes de vie adaptés à chacun.

 

Tag(s) : #memoire tremblements

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